18 juin 2007

Un faux Mickey qui ne souleve pas de commentaires

Le groupe américain Disney est réputé pour la lutte sans pitié qu'il mène contre les contrefacteurs. Ses bataillons d'avocats bataillent pied à pied contre toute utilisation frauduleuse des personnages qui ont fait sa fortune [...]
Mais lorsque le Mouvement de la résistance islamique Hamas a choisi de cloner Mickey, pour animer une émission de propagande à destination des enfants [... Disney] s'est bien gardé de réagir.
Le gouvernement israélien, nombre d'organisations humanitaires, juives et non juives, la presse internationale et même le Fatah ont protesté contre la marionette Farfour - un clone de Mickey - qui, tous les vendredis après-midi, dialogue avec une petite fille nommée Saraa sur la chaîne Al-Aqsa, contrôlée par le Hamas. Le programme s'appelle "Les Pionniers de demain" et les propos sont rarement anodins : "Tu ne dois pas oublier tes prières et te rendre à la mosquée cinq fois par jour. Et tu dois te mettre dans les premiers rangs jusqu'à ce que nous gouvernions le monde", insiste Farfour. Ou bien : "Telle est la volonté d'Allah, ce pays, ses enfants, ses hommes et femmes, ses vieillards, nous vaincrons, nous vaincrons Bush, nous vaincrons Sharon ! Ah, Sharon est mort ! Nous vaincrons Olmert ! Nous vaincrons Condoleezza..."
Diane Disney Miller, fille de Walt Disney, s'est insurgée à plusieurs reprises dans la presse américaine contre "l'endoctrinement des enfants. Un acte qui va à l'encontre de l'humanité la plus élémentaire". Mais le groupe fondé par son père a fait comme s'il n'entendait pas. Comme si la contrefaçon quand elle était à finalité idéologique sortait de son ressort.


Robert A. Iger, PDG de Disney, a fini par avouer qu'il avait fait volontairement la sourde oreille [...] le PDG de Disney a reconnu que le groupe "n'avait ni mobilisé ses forces, ni exigé le retrait de la marionnette, et moins encore cherché à réagir publiquement".Il ne s'agissait nullement d'indifférence. "Nous avons été épouvantés par l'utilisation qui était faite de notre personnage", a-t-il dit. "Une organisation qui exploite les enfants de cette manière ne peut susciter que le mépris",a-t-il ajouté. Mais il a estimé qu'une réaction publique ne s'imposait pas. Pour la bonne raison que cela "n'aurait rien changé", a conclu M. Iger. Un procès dans une zone de non-droit comme Gaza n'aurait guère eu de sens, a-t-il laissé entendre. Mais la crainte pourrait avoir été motrice. Un groupe qui, comme Disney, gère des parcs où circulent des millions de touristes n'a guère intérêt à attirer sur lui l'attention d'une organisation rodée à la violence. Mais, sur ce point aussi, le PDG de Disney n'a rien dit.
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Article issu du Monde (30 mai) de Yves Mamou.

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