26 novembre 2004

L'essence des bars new-yorkais

Extrait du roman noir « Les Morsures de l'’Aube » de Tonino Benacquista. Ou le comment du pourquoi du ce qui fait le bar new yorkais…

Quand je pense que les américains ont annexé l’'Europe, que leur manque de culture est devenu le nôtre, qu'ils nous ont fourgué tout leur bric-à-brac absurde, leurs fringues, leur cholestérol, leurs images, leur musique et leurs rêves. Mais tout en oubliant l’'essentiel. Le bar.
Pas question de se laisser embobiner par l’'Oncle Sam pour tous les irréductibles du ballon de rouge et du zinc des tabacs, les adorateurs de l’'apéro, les joyeux imprécateurs du pastaga, ceux qui ont décroché le cocotier quand survient l’'inespérée tournée du patron. Les Français ont inventé le café mais ils ne sauront jamais ce qu’'est un bar et comment on y boit.
Le bar new yorkais, c'’est le tabouret haut perché avec vue sur ce bas monde, et d’'où il vaut mieux ne pas descendre. C’'est le barman qui ne sait rien voir, celui qui ne déchire pas nerveusement les tickets du tiroir-caisse en attendant le pourboire, mais qui vous offre le quatrième si on se sort bien des précédents, celui qui a compris que plus on offre plus on commande, celui qui ne cherche pas à gagner en glaçons ce qu’'il perd en alcool, celui qui sait dire aux turbulents : « je vous l’'offre mais c’est le dernier », celui qui vous propose de le suivre chez un collègue dès qu'’il aura fermé.
Le bar new yorkais, c’'est le cadre supérieur qui ne croit plus aux charmes du zapping, le chauffeur de taxi qui se repose des dingues en déroute, les femmes de quarante ans qui n'’ont ni sexe ni âge, et tout ce beau monde s’'effleure les coudes sans faire d’'histoires, sans chercher à vendre son malaise, parce qu'’après tout : chacun le sien.
Le bar new yorkais, c'’est des verres qui se laissent peloter sans qu’'on puisse les renverser comme ça, un comptoir en bois lisse où peuvent se réconcilier deux équipes de base-ball en enfilade. C'’est une barre en métal qui vous cale du tangage, c’'est le billet de vingt dollars qu'’on pose devant soi et qui disparaît dès qu’'on l’a éclusé. Dans un bar new yorkais, personne ne vous encourage à entrer, personne ne vous montre la porte. Dans un bar new yorkais, on ne racle pas le fond de sa poche dans l'’espoir d’un sursis.
Les bistrotiers parisiens ne comprendront jamais.

L’'instant suivant est devenu new yorkais, ma soudaine et agréable solitude, mon verre épais et lourd, rempli d'’un liquide épais et lourd, mon regard perdu dans les rangées de bouteilles, face à un serveur en veste blanche à qui on a envie de dire « le même, Jimmy. »

Mais… déjà le ciel blanchit
Esprit je vous remercie.
De m’avoir si bien reçu.
Cochers lugubres et bossus !
Ramenez-moi au manoir.
Et lâchez ce crucifix…
Décrochez moi ces gousses d’ail !
Qui déshonorent mon portail !
Et me cherchez sans retard
L’ami
Qui soigne et qui guérit
La folie qui m’accompagne
Et jamais ne m’'a trahi
Champagne…

Jacques Higelin

11 octobre 2004

101 choses à faire à San Sébastien

Sur demande des piliers d'EntreNewYork, voici un petit aperçu de ma vie trépidente de l'autre côté de l'Océan, dans la très jolie ville de San Sébastien.
Le lecteur se rendra ainsi compte que la vie est pleine d'imprévus qui remplissent les journées de sa chroniqueuse préférée.

1. Dire « Donostia » et non pas « San Sébastien » vous évitera qu'on vous prenne pour un touriste américain fraîchement débarqué. Bienvenue en Pays Basque.
2. Se promener dans la vieille ville et admirer les églises de San Vicente (XVIème siècle) et Santa Maria (XVIIIème siècle).
3. Se rendre compte comme d'habitude que le plan du guide du routard a oublié la moitié des rues et que l'autre moitié a changé de nom, entre temps.
4. Essayer d'aller au musée mais là aussi, maudire le guide qui s'est planté dans les horaires.
5. Dîner de pintxos.
Note. Le basque est susceptible. Chez lui on ne parle pas des tapas comme dans l'Espagne castillane mais on de pintxos (prononcez pinechausse). On risquerait fort de vous prendre pour un touriste américain sinon.
6. Apprendre le basque pour survivre sans qu'on vous prenne pour un touriste américain… Enfin au moins les bases. Le 'x' se prononce 'ch' et le 'k' final est un 's'. Ainsi on notera que bonjour se dit 'Kaixo', Au revoir 'Agur' et merci 'Eskerik asko' (mais là, on est autorisé à se fendre d'un 'Gracias' si on a peur de postillonner sur son interlocuteur).
7. Visiter l'Aquarium. Donostia possède en effet une jolie collection de petits requins, dont la majorité sont nés à l'Aquarium. Qui fournit également une bonne partie des aquariums d'Europe en plancton et algues. Qui l'eut cru.
8. Aller déjeuner au Kursaal, le restaurant de Martin Berasategui, chef basque de son état qui ouvre le XXIème siècle en mariant la cuisine traditionnelle locale à des trouvailles modernes de son invention. Succulent.
9. Digérer en se faisant la promenade jusqu'en haut du Monte Urgull, en allant doucement dans les lacets. La montée n'est pas très longue mais tout de même. Et puis après le repas c'est toujours difficile, mais nécessaire si on ne veut pas ressembler au touriste américain sus-cité.
10. Profiter du panorama en arrivant en haut. Pour admirer la ville que l'on voit entièrement, avec la baie de la Concha, mais également pour souffler un peu. C'est pas qu'on soit un touriste américain mais tout de même.
11. Décider le soir d'aller s'en mettre un coup derrière la cravate avec un baratton au milieu de ce panorama animé qu'est la vieille ville.
12. Passer dans un bar disco en attendant l'heure d'ouverture des boîtes (en théorie minuit, en pratique 1 heure, et en vérité avant 3 heures c'est vide).
13. Se mettre minable au rhum coca (dites : una « cubata » por favor) ou à la sangria (application : una sangria por favor).
14. Réussir à s'arracher sur le coup de 3 heures du matin pour aller faire un tour au Bataplan, temple de la techno local. Discothèque ultra moderne qui n'a rien à envier aux clubs hype de Manhattan, car elle donne sur la plage de la Concha et sa terrasse est fort appréciable.
15. S'émerveiller devant le prix des cocktails - 6 Euros (et encore, pour la ville, c'est cher).
16. Se commander un Mojito avec une paille et se le voir servir dans un verre à bière format pinte.
17. Agoniser un peu plus à cause de la fumée de cigarette.
18. Avoir les yeux qui pleurent et donc, finir par les fermer.
19. S'endormir sur la terrasse du Bataplan vers 6 heures, après avoir laborieusement achevé son Mojito.
20. Passer la barrière et terminer sa nuit, lové dans le sable, bercé par le bruit des vagues.
21. Se faire réveiller une heure plus tard par un régiment de mouettes toutes droit sorties de Finding Némo (A moi, A moi, A moi !)
22. Se réveiller en ayant la sale impression d'embaumer le mégot refroidi et avec un sacré mal de cheveux.
23. Se relever, épousseter le sable et aller se prendre un café à La Perla, juste au dessus. En terrasse pour décuver.
24. Passer ensuite sa journée à dormir, soit au fond de son lit.
25. Ou, si le temps le permet, en maillot de bain sur la très chouette plage de la Concha (et sans les mouettes), histoire de faire d'une pierre deux coups et de bronzer un chouia.
26. Se faire détremper sa serviette de bain pour avoir oublié que les marées de l'Océan Atlantique ont une envergure de plus de 40 centimètres, contrairement à la Méditerranée.
27. Avant de rentrer chez soi le soir, faire une escale dans une pharmacie pour s'enquérir de l'équivalent local de la Biafine.
28. Se réjouir d'avoir une colloc compatissante pour se faire tartiner le dos de la Biafine sus-citée.
29. Se réconcilier avec la vie devant une assiette de churros et de chocolat brûlant.
30. Réussir à terminer le chocolat sans s'étouffer. Une fois refroidi, il ressemble plutôt à de la crème Mont Blanc.
31. Se faire poser un piercing - moins cher qu'en France.
32. Souffrir ensuite en se rendant compte que piercing non cicatrisé et sable ne font pas vraiment bon ménage.
33. Sortir dans la rue sans parapluie.
34. Rentrer dix minutes plus tard dans la première boutique venue pour s'abriter.
35. Se racheter un parapluie dès que possible.
36. Se le faire arracher par une bourrasque de vent deux jours plus tard.
37. Décider d'investir à long terme : dans un imperméable avec capuche.
38. Aller voir un film sorti quatre mois plus tôt aux US.
39. Mourir de rire devant le doublage en Espagnol.
40. Se rassurer plus tard avec la version en DVD qui permet le choix en VO.
41. Profiter de l'école de coiffure du coin et aller se faire couper les cheveux pour la modique somme de 5 euros.
42. Aller se ruiner au casino.
43. Une fois bien ruiné, rentrer chez soi et se remettre au rythme de vie pépère de la ménagère de moins de 50 ans.
44. Couch-potato-iser devant la téloche.
45. Rester des heures devant des programmes gnan gnan parce qu'il n'y a pas de télécommande (à part vous).
46. Se lever pour aller faire la bouffe.
47. Se rendre compte dimanche matin que le frigo est désespérément vide.
48. Râler, évidemment… On reste français quelque soit la situation.
49. Réaliser dimanche matin que les supermarchés vont rester fermer jusqu'à lundi matin, 9 heures.
50. En profiter pour dégivrer et nettoyer le frigo sus cité, puisqu'il est vide.
51. Et, en vrac, on peut alors aussi : passer l'aspirateur, laver par terre, faire les vitres, la poussière, une petite lessive, du repassage, etc. …
52. Envisager de racheter un vélo d'occasion pour se balader plus facilement dans la ville.
53. Réaliser ensuite qu'il ne passe pas dans la cage d'ascenseur et que la co-propriété en interdit le stockage dans l'entrée.
54. Le laisser cadenassé au banc devant son immeuble.
55. S'en servir de temps en temps pour sortir, en le remettant toujours au même endroit.
56. Se rendre compte un matin que des petits malins vous l'ont piqué en prenant bien soin de vous laisser le cadenas au cas où vous décideriez d'en avoir un autre à leur refiler.
57. Jurer en français jusqu'à plus soif sur tout le trajet à pied jusqu'à l'Université.
58. Tenter de rester éveillé autant que possible pendant les quatre laborieuses heures de cours de la journée.
59. Sortir de cours et trouver sur le parvis de votre Université un chaton qui vient de se faire à moitié écraser, le train arrière paralysé.
60. Décider de se la jouer bonne samaritaine et de l'amener chez un vétérinaire.
61. Abandonner l'idée une fois que la bestiole vous a mordu jusqu'au sang.
62. Courir à la pharmacie la plus proche qui vous rassure en vous disant que si votre main enfle trop, c'est peut-être la rage, il faudra appeler les urgences.
63. Passer le reste de la journée à surveiller sa main et la voir bleuir doucement, le téléphone à portée de l'autre main valide prêt à dégainer le 112
64. Vérifier tout de même dans le dictionnaire comment on dit « mordre » et « bleuir » au cas où les urgences le demanderaient.
65. Aller se coucher après avoir ingurgité une aspirine, au cas où.
66. Se réveiller le lendemain matin et réaliser que la main a viré au rouge uniforme.
67. Entamer des fouilles archéologiques pour dégoter le formulaire E111 qui permet de bénéficier des soins médicaux dans l'Unions Européenne sans débourser un centime
68. Se souvenir que vos parents vous ont changé de mutuelle (le remboursement via la nouvelle sera tellement plus facile)
69. Aller prendre l'Eusko Tren, alias Topo du Pays Basque, qui vous emmène en 35 minutes à Hendaye en territoire civilisé où la Carte Vitale règne en sauveuse.
70. Se diriger vers la pharmacie judicieusement implantée devant la Gare.
71. Expliquer calmement pour la n-ième fois ce qui nous amène.
72. S'entendre dire que c'est grave et que comme on est samedi oublier le médecin et aller directement aux Urgences.
73. Monter dans un taxi et lui indiquer les Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz. Avec le sourire, parce que s'il apprend que vous risquez d'avoir la rage, il va vous évacuer au premier feu rouge venu.
74. Ne pas le mordre, donc, le pauvre homme.
75. Arriver aux urgences à 9h32 a.m. tapantes.
76. Remplir le formulaire machin chouette qui demande pourquoi vous êtes venu (là, se féliciter que le chat n'ait pas mordu la main avec laquelle vous écrivez parce que vous n'êtes pas encore un expert en écriture avec le pied ou la bouche)
77. Aller se morfondre dans la « salle d'attente des familles » où la clim est trop forte, et le ficus se prend au jeu de l'automne en laissant tomber gaiement toutes ses petites feuilles.
78. Constater que pour l'instant vous ne bavez pas encore (c'est peut être pas encore la rage ?)
79. Imaginer des tas de morts différentes à cause de cette foutue blessure, dans le laps de temps que vous laissent les « Urgences » pour dépérir tel le ficus sur votre chaise dans la salle d'attente.
80. A 10h48, voir arriver une infirmière et se faire conduire dans une « salle de soins » où l'Urgentiste arrive de suite.
81. A 11h13, expliquer calmement pour la n+1-ième fois à l'Urgentiste qui vient d'arriver que vous avez soit le Tétanos, soit la rage, soit le Cancer du Sida (et que s'il ne se dépêche pas un peu plus vous allez le mordre, dans un pic de rage).
82. Le laisser vous tâter la main et appuyer là où ça fait très mal, toujours sans le mordre (quelle maîtrise de soi).
83. Chercher désespérément à se rappeler quand est ce qu'on a fait notre dernier rappel de vaccin contre le Tétanos pour éviter une piqûre.
84. Se laisser conduire dans la salle d'attente de traumatologie (« au cas où ce soit très infecté on va faire une radio »).
85. A 11h27, aller patiemment s'asseoir dans la salle de radiologie numéro 4, deuxième porte à gauche.
86. Avoir le temps d'étudier le décor de la salle en attendant le radiologiste en retard. Imaginer encore une douzaine de fins atroces dont la gangrène purulente.
87. A 11h38, se retenir de ne pas grogner ou baver quand le radiologiste manipule sans douceur votre mimine douloureuse pour la placer comme il l'entend sur la plaque afin de procéder à la radio, on ne bouge plus mademoiselle.
88. A 11h41, se faire reconduire dans la salle d'attente des familles avec le ficus pour qui on approche de l'hiver à grands pas.
89. A 11h58, se faire appeler par l'Urgentiste qui vous prescrit l'antibiotique « tueur de germes quels qu'ils soient », et de l'anti-inflammatoire/antidouleur à 1200 mg/jour (limite à ne pas dépasser sous peine d'un retour express aux Urgences de la Polyclinique de la Côte Basque Sud de Saint Jean de Luz).
90. Se faire ramener par le brave chauffeur de taxi de tout à l'heure qui est rassuré puisqu'on n'a pas la rage et tient donc absolument à vous faire la conversation.
91. Etre d'une zénitude absolue grâce aux médicaments qu'on vous a prescrits.
92. Feindre l'endormissement pour éviter de répondre aux questions du brave chauffeur de taxi (« et vous parlez basque ? Et vous habitez ici ? Et je suis pas trop curieux ?)
93. Rentrer chez soi et se préparer son petit cocktail de médocs miam miam.
94. S'écrouler pour une sieste bien méritée vous et votre main violette (oui, entre temps elle a viré au violet).
95. Se réveiller sur le coup de 17 heures et voir qu'il fait toujours beau.
96. Entendre à la radio qu'il fait presque 30°C et qu'on est un des points les plus chauds d'Europe en ce début de mois d'Octobre.
97. Aller se promener un chouia pour décompresser.
98. Appeler ses parents et leur dire qu'en fait on n'est pas encore mort, malgré le petit côté tombe-en-ruine de votre main.
99. Respirer l'air pur, admirer la beauté de l'Océan.
100. Regretter New York et sa pollution, pourtant.
101. Se motiver pour écrire les Lundis de Dolce Vita, et sous pression de son fan club, trouver « 101 choses à faire à San Sébastien »…

27 septembre 2004

La ménagère de moins de 50 ans

Revoilà Dolce Vita de l'autre côté de l'Océan, donc, depuis quelques semaines déjà. En Espagne installée la semaine passée. Et notre dynamique chroniqueuse de se retrouver au foyer ou presque…

Les pontes du marketing font souvent état d'une catégorie d'individus à cibler dans leurs campagnes de lancement de produits qui est la ménagère de moins de 50 ans - bien que le concept tende aujourd'hui à être segmenté d'une autre manière faute d'homogénéité nette. Il s'agirait d'une Madame Michu, femme au foyer de son état, entre 20 et 50 ans, qui n'a d'autre occupation pour tuer le temps que de choyer les siens, faire les courses, et tenir sa maison avec force joyeuses activités que nous abhorrons tous : ménage, aspirateur, lavage de sol, vitres, poussière, lavage du linge, étendage et repassage de ce dernier, préparations culinaires à répétition, vaisselle, litière du chat et cage du hamster.
Les marketeurs forts de ce constat se plient en quatre pour leur concocter des campagnes de publicité à la hauteur de leur attente : assez simples pour arriver sans encombres aux neurones de Madame Michu en train de faire la vaisselle, passer l'aspirateur, moucher le chat ou courrant après le hamster et assez originales pour que les neurones décident de s'en souvenir jusqu'au prochain passage au supermarché sans trouver ça trop cher (ou alors ce n'est pas grave, parce que ça fera tellement plaisir aux enfants). On arrive donc aux sempiternels « machin lave plus blanc » avec étude comparative citant les marques concurrentes aux US (ce qui est interdit en France et en Espagne par exemple, on appelle ça de la concurrence déloyale, bouh !), « vos enfants n'aiment pas le truc-cola alors achetez du Coca-Cola si vous ne voulez pas paraître naze » et « avec ce nouveau robot ménager payable en 348 mensualités vous allez épater votre petite famille ».
Si les marketeurs pensent bien à tout cela, ils oublient de dire combien il est frustrant de se retrouver coincée dans un appartement / une maison sans avoir aucun but précis à atteindre. Et le pire, c'est qu'on finirait par y prendre goût…
Prenez à cet égard le cas de Dolce dans son exil espagnol. Etudiante à nouveau après le hustle bustle de l'été new yorkais. Moins de 20 heures de cours hebdomadaires, réparties de manière équitable ce qui nous donne une moyenne de 4 heures de cours du lundi au vendredi, le matin et pas avant 9 heures s'il vous plaît. Moralité ? Vous retrouvez cette dernière avachie dans un canapé à partir de 15 heures (à peine après l'heure du déjeuner espagnol) s'interrogeant sur le sens de la vie et sur l'utilité contestée de la vaisselle à faire et qui se meurt dans l'évier.

Mais c'est que ne rien faire est fatiguant, à la longue. On en viendrait presque à des extrémités terribles : faire la sieste par exemple. Ou regarder la télévision. La télévision espagnole n'a rien à envier aux chaînes américaines. Mettons que Madame Michu (ou Dolce dans ce cas) décide d'allumer le poste pour passer l'après midi. Elle se retrouve devant des programmes de haut niveau intellectuel. En vrac, « El diario de Patricia », copie presque conforme de « C'est mon choix » avec l'Evelyne Thomas locale, où toutes les Madame Michu espagnoles se retrouvent pour dire « je suis laide, au secours », « ma fille ne me parle plus parce que je lui ai piqué son copain » etc. … On a aussi « La Granja », qui est la ferme locale, avec les célébrités sur le déclin de la péninsule hibérique - qui, si tant est qu'elles ne se cassent pas le nez en glissant dans une bouse de vache, pourront ensuite aller enterrer leur honte dans un bunker pour le reste de leur carrière.
La publicité ne nous laisse pas en reste. Comme aux Etats-Unis, les marketeurs ont bien compris le pouvoir intellectualisant de ces programmes. Il s'agit donc d'opérer des coupures de publicité de 10 minutes à un quart d'heure tous les quarts d'heure d'émission. Avec « machin lave plus blanc », « vos enfants n'aiment pas le truc-cola alors achetez du Coca-Cola si vous ne voulez pas paraître naze », « avec ce nouveau robot ménager payable en 348 mensualités vous allez épater votre petite famille » et « n'oubliez pas de regarder le spécial « Diario de Patricia » demain soir à 22 heures ». Car au cas où on ne serait pas encore assez abruti, l'Espagnol rusé se fend aussi pour notre bon plaisir de pages de publicité avant les informations, pendant les informations et après les informations. Ce qui nous mène donc sans encombre nos neurones ankylosés devant le petit écran au film du soir, à 22 heures tapantes.
Je vous le dis tout de go, je n'ai jamais encore réussi à regarder un film en entier sur ma télé en Espagne. Je m'endors toujours avant la fin. Je suis d'abord curieuse de voir un film américain doublé en espagnol - avec toute la nuance d'intonations que peut avoir Droopy dans une crise de fou rire de la part des doubleurs - et sans réelle concordance entre le mouvement des lèvres et les paroles prononcées par les acteurs. Je me hérisse devant les voix de Bruce Willis et autres qui ne correspondent pas du tout. Puis au bout d'un quart d'heure, publicité. Je profite de la première pause pour faire un rapide aller retour à la salle de bain. En fait je pourrais prendre mon temps car la pause dure un quart d'heure. Puis j'ai le droit à nouveau de voir 1/4 d'heure de film. Et au moment crucial, nouvelle coupure ! Bref à minuit passées je suis à peine à la moitié du film que j'essaie désespérément de suivre (non, « lave plus blanc » n'en fait pas partie), j'avoisine le QI de la crevette et je m'endors devant la publicité.

Le plus déprimant de tout ceci, pourtant, n'est pas tant l'oisiveté en soi, mais le fait de se sentir honteux et désoeuvré, honteux de n'avoir rien à faire. Comment ? Mais visiter la ville, se mettre au jogging, préparer un triathlon, prendre des cours de danse, que sais-je… Certes. Mais on a toujours cette satanée sale impression de ne rien faire. Rien faire d'utile. Là est toute l'ingéniosité de notre société qui réussit en un tour de main à nous rendre le travail indispensable à l'accomplissement.

Bon. C'est pas tout ça, mais je dois y aller, moi, j'ai mon réfrigérateur à nettoyer, maintenant qu'il est dégivré…

13 septembre 2004

Le revers de la médaille

Apres l'extase du retour en France, on soupire sur ce qui était bien, aussi, de l'autre côté de l'Océan…
La liste est, évidemment, non exhaustive…

1. Il y a des français plein les rues. On a beau faire, on les comprend et on les entend parler. On ne peut s'empêcher de capter des bribes de conversation qui nous exaspèrent. (« Mais si j't'assuuuuuuure…. Ouais et pis après il m'a dit ça…. Nooooonnnnn…. » etc. …)
2. Au restaurant, vous allez attendre les calendes grecques avant que le serveur ne s'approche de vous, et encore un peu plus avant d'avoir un sacro-saint verre d'eau. Dans ces moments la je regrette l'Américain qui vous apporte ça comme si vous veniez de traverser la vallée de la Mort en plein mois d'août.
3. La section non-fumeur était tout le restaurant. La, c'est un mur invisible entre deux tables. Bien sûr le restaurateur a pris soin de dire à la fumée de ne pas le dépasser. Tout de même.
4. Vous avez d'ailleurs l'impression d'être dans la vallée de la Mort en plein mois d'août parce que la climatisation n'est pas monnaie courante sur le vieux continent.
5. Bercée par le ron-ron de l'air conditionné, le calme me déstabilise à présent.
6. Je me résigne à ne plus voir les films avant tout le monde.
7. Les films sont doublés en français.
8. On a le bonheur de pouvoir continuer à regarder les très belles emissions du style Temptation Island et d'autres shows de la poor-reality-TV.
9. Le supermarché n'est pas ouvert le dimanche. Ni à minuit un jour de semaine.
10. Personne ne me demande comment ça va dans une boutique.
11. Le 'so called' beurre de cacahuète français ne devrait même pas avoir le droit de s'appeler comme ça.
12. Je ne trouve plus de cheese cake (sauf dans l'Est, la tarte au fromage… mais ce n'est pas pareil)
13. Ni de donuts, ni de cream cheese, ni de bagels.
14. Le restaurant Pétrossian à New York est encore à des prix abordables. En France hors de prix.
15. Je lutte pour trouver un café digne de ce nom que je peux emporter pour boire dehors, sans le payer un prix exhorbitant à la terasse d'un troquet comme je pouvais le faire à tous les coins de rue, au Starbucks.
16. Dans la rue je me remets à faire attention pour ne pas marcher dans les crottes de chien.
17. Personne ne sait ce qu'est une pink lemonade. (« Une punk lemaquoua ? »)
18. Un Cosmopolitan est un magazine à pubs. Pas une boisson. De toute façon on ne trouve pas de jus de cranberries en France… Comme ça le problème est réglé.
19. Les taxis sont hors de prix. De toute façon je n'en trouve jamais un dans la rue, je suis obligée d'appeler. Et je paie aussi le coup de fil.
20. Et le métro ne fonctionne pas 24h/24.
21. La météo est devenue l'émission phare qui permet à l'animateur de se mettre en vedette en cachant les petits soleils qui bordent la côte d'azur et nous empêche de lire combien il va faire froid à Brest demain parce qu'il est toujours devant. Soit dit en passant ils se plantent d'ailleurs souvent alors qu'ils ont de supers ordinateurs ultra modernes pour faire tous les calculs à leur place.
22. A Paris la taille des tables de brasserie est ridiculement minuscule.
23. Dans les cafés, les restaurants, les discothèques… tout le monde fume à qui mieux mieux… J'étouffe. Et quand je rentre chez moi, mes vêtements et mes cheveux embaument le tabac froid.
24. Il faut à nouveau que je pédale pour avoir Internet, et le modem 56K peine terriblement, du fin fond de ma verte Meuse.
25. Et si je n'ai rien à faire ce soir, eh bien… je n'ai rien à faire ce soir. A part compter les moutons ou les tracteurs des voisins, et les piafs du jardin.
26. Le premier supermarché est à 15 kilomètres et ferme à 20 heures.
27. Le premier bureau de poste est à 7 kilomètres et ferme à 16h30 - mais à 16h15 en réalité il n'y a déjà plus personne.
28. Je suis sûre qu'à l'instar des paysans américains, ceux de Meuse ne savent pas bien non plus si c'est le soleil qui tourne autour de la Terre ou la Terre autour du soleil (d'ailleurs elle peut tourner parce qu'elle n'est pas plate… elle est pas belle la vie ?)
29. Le français est chauvin et renfermé. Son pays est le plus beau du monde, alors pourquoi ai-je envisagé un instant d'aller voir ailleurs si l'herbe y était plus verte ?
30. Le français déteste l'américain. De New York ou d'ailleurs. Il l'admire mais le yankee l'insupporte. C'est comme ça. Alors un français qui est allé y passer un bout de temps, je vous laisse imaginer…

Mais peut-être suis-je bientôt sauvée ? A Metz comme à San Sébastien, Subway vient d'ouvrir ses premières échoppes. Je peux « manger frais » de « délicieux sandwichs » - c'est la pub qui le dit… Affaire à suivre !

06 septembre 2004

Adieu NYC, vieux continent me (re)voilà

Ca y est, Dolce Vita a refait ses valises pour la n-ieme fois et se retrouve pour un temps au pays de Moliere.
Comment s'extasier sur tout ce qui vous paraissait normal auparavant et qui desormais tient du miracle…
1. Les douaniers se moquent bien de savoir d'ou vous venez et pourquoi vous revenez. Vous avez un passeport local. Et pas de visa qui expire avant hier.
2. Les supermarches sont un miracle d'organisation. Le papier-toilette ne cotoie pas les petits-pois en boite de conserve et les brosses a dent electriques.
3. Les alles de supermarche sont assez larges pour que deux caddies se croisent.
4. Les proprietaires de caddies sont assez minces pour ne pas rester coinces entre leurs caddies lorsqu'ils se croisent.
5. Les fruits ont une taille et une couleur raisonnable. Les legumes transgeniques sont aussi disponibles, mais on connait encore les produits du terroir
6. Les yaourts en portion individuelle de 125 grammes existent toujours
7. L'Evian n'est pas a deux euros la bouteille
8. Et le Nutella en petit pot a moins de 5 euros fait bien partie de cette planete
9. Le lait ressemble enfin a du lait - bourre de matieres grasses, sans adjonction de vitamine A ou D, non homogeneise…
10. Le fromage n'est pas pasteurise. Non le morbier ne coute pas 10 euros les 100 grammes en France.
11. Il existe un rayon entier pour le chocolat en tablettes. Avec de tres jolis presentoirs qui doivent couter super cher a l'annonceur. Et pas de 'low carb' ecrit toutes les trois lignes.
12. Et au moins deux rayons pour les vins et spiritueux. A moins de 10 euros. Et bons.
13. Le café n'est pas du jus de chaussette. Le mot expresso fait partie du vocabulaire de base.
14. Au restaurant, on ne vous jette pas l'addition sur la table au moment ou vous entamez votre plat principal.
15. Vous n'avez pas a expliquer a vos amis pourquoi vous vous delectez en mangeant du foie d'oie sature de graisse (non ca n'est pas low carb et c'est pour ca que c'est bon)
16. Et vous pouvez prendre du vin a table, ca ne fait pas du tout mauvais genre. Bien au contraire.
17. A midi vous pouvez trainer deux heures au restaurant. Et ne plus coller des miettes sur la barre espace de votre ordinateur pour ensuite vainement tenter de les en retirer avec les doigts encore couverts de moutarde.
18. La moutarde, la vraie, vient de Dijon. Pas de chez Heinz.
19. Plus de calculs a l'aide de la calculatrice ultra-pas-pratique de votre telephone portable pour evaluer le tip a laisser au serveur. Et le service est compris dans le prix.
20. Le soir pour un diner d'affaires on ne vous propose pas de se retrouver au restaurant a 18 heures tapantes.
21. La Baguette est de retour ! Et les croissants, et les pains au chocolat…
22. Vous pouvez faire un exces de vitesse sur l'autoroute. Le tapis, sans nid de poule, permet cette fantaisie.
23. Vous pouvez faire un exces de vitesse sur l'autoroute. On ne vous arretera pas en vous demandant de mettre les mains sur la voiture en vous braquant avec un flingue.
24. Une Golf est une voiture de taille tout a fait normale de ce cote ci de l'Ocean. Alors que de l'autre, on avait l'impression d'etre au volant d'une Smart en regardant les vehicules autour de nous.
25. On trouve enfin a se garer pour moins de huit dollars la demi-heure.
26. Vous comprenez sans vous arracher les cheveux le systeme metrique, les temperatures en degres Celcius et les contenances en litres.
27. Le papier a une taille normale : 21x29.7 cm.
28. Les prises ont une tete familiere et le systeme electrique est en 220 volts. Vous pouvez enfin reutiliser votre seche-cheveux fetiche.
29. Les machines a laver lavent veritablement. Et commencent leur cycle a l'eau froide. On n'est pas oblige de mettre du pshit sur toute tache suspecte avant de lancer une lessive.
30. Vous n'etes pas oblige d'aller suer des heures dans une salle de sport climatisee pour faire comme tout le monde a New York.
31. Vous pouvez enfin suivre un film sans avoir a subir les 32 publicites habituelles.
32. Vous avez le droit de fumer dans un restaurant en prenant votre café. Sans etre oblige de sortir.
33. C'est la renaissance du quart d'heure de politesse que vous pouvez vous octroyer pour arriver en retard.
34. Vous ne payez pas pour les appels entrants de votre telephone portable.
35. La climatisation ne vous donnera pas l'impression d'etre en plein mois de novembre alors qu'il fait 35 degres dehors (Celcius).
36. Vous avez le droit de faire la gueule.
37. Vous avez le droit de ne pas demander a tout le monde comment il va aujourd'hui avec un sourire ultra bright.
38. Bush n'a pas encore annexe nos belles provinces pour se frayer un chemin direction l'Eldorado du Petrole.
39. Les cafards, s'il y en a, ne sont pas aussi bien nourris et donc pas si gros. Plus facile a chasser et a ecraser sans repeindre l'appartement…
40. And last but not least : Vous avez le droit de vous plaindre de tout, vous etes francais…