27 septembre 2004

La ménagère de moins de 50 ans

Revoilà Dolce Vita de l'autre côté de l'Océan, donc, depuis quelques semaines déjà. En Espagne installée la semaine passée. Et notre dynamique chroniqueuse de se retrouver au foyer ou presque…

Les pontes du marketing font souvent état d'une catégorie d'individus à cibler dans leurs campagnes de lancement de produits qui est la ménagère de moins de 50 ans - bien que le concept tende aujourd'hui à être segmenté d'une autre manière faute d'homogénéité nette. Il s'agirait d'une Madame Michu, femme au foyer de son état, entre 20 et 50 ans, qui n'a d'autre occupation pour tuer le temps que de choyer les siens, faire les courses, et tenir sa maison avec force joyeuses activités que nous abhorrons tous : ménage, aspirateur, lavage de sol, vitres, poussière, lavage du linge, étendage et repassage de ce dernier, préparations culinaires à répétition, vaisselle, litière du chat et cage du hamster.
Les marketeurs forts de ce constat se plient en quatre pour leur concocter des campagnes de publicité à la hauteur de leur attente : assez simples pour arriver sans encombres aux neurones de Madame Michu en train de faire la vaisselle, passer l'aspirateur, moucher le chat ou courrant après le hamster et assez originales pour que les neurones décident de s'en souvenir jusqu'au prochain passage au supermarché sans trouver ça trop cher (ou alors ce n'est pas grave, parce que ça fera tellement plaisir aux enfants). On arrive donc aux sempiternels « machin lave plus blanc » avec étude comparative citant les marques concurrentes aux US (ce qui est interdit en France et en Espagne par exemple, on appelle ça de la concurrence déloyale, bouh !), « vos enfants n'aiment pas le truc-cola alors achetez du Coca-Cola si vous ne voulez pas paraître naze » et « avec ce nouveau robot ménager payable en 348 mensualités vous allez épater votre petite famille ».
Si les marketeurs pensent bien à tout cela, ils oublient de dire combien il est frustrant de se retrouver coincée dans un appartement / une maison sans avoir aucun but précis à atteindre. Et le pire, c'est qu'on finirait par y prendre goût…
Prenez à cet égard le cas de Dolce dans son exil espagnol. Etudiante à nouveau après le hustle bustle de l'été new yorkais. Moins de 20 heures de cours hebdomadaires, réparties de manière équitable ce qui nous donne une moyenne de 4 heures de cours du lundi au vendredi, le matin et pas avant 9 heures s'il vous plaît. Moralité ? Vous retrouvez cette dernière avachie dans un canapé à partir de 15 heures (à peine après l'heure du déjeuner espagnol) s'interrogeant sur le sens de la vie et sur l'utilité contestée de la vaisselle à faire et qui se meurt dans l'évier.

Mais c'est que ne rien faire est fatiguant, à la longue. On en viendrait presque à des extrémités terribles : faire la sieste par exemple. Ou regarder la télévision. La télévision espagnole n'a rien à envier aux chaînes américaines. Mettons que Madame Michu (ou Dolce dans ce cas) décide d'allumer le poste pour passer l'après midi. Elle se retrouve devant des programmes de haut niveau intellectuel. En vrac, « El diario de Patricia », copie presque conforme de « C'est mon choix » avec l'Evelyne Thomas locale, où toutes les Madame Michu espagnoles se retrouvent pour dire « je suis laide, au secours », « ma fille ne me parle plus parce que je lui ai piqué son copain » etc. … On a aussi « La Granja », qui est la ferme locale, avec les célébrités sur le déclin de la péninsule hibérique - qui, si tant est qu'elles ne se cassent pas le nez en glissant dans une bouse de vache, pourront ensuite aller enterrer leur honte dans un bunker pour le reste de leur carrière.
La publicité ne nous laisse pas en reste. Comme aux Etats-Unis, les marketeurs ont bien compris le pouvoir intellectualisant de ces programmes. Il s'agit donc d'opérer des coupures de publicité de 10 minutes à un quart d'heure tous les quarts d'heure d'émission. Avec « machin lave plus blanc », « vos enfants n'aiment pas le truc-cola alors achetez du Coca-Cola si vous ne voulez pas paraître naze », « avec ce nouveau robot ménager payable en 348 mensualités vous allez épater votre petite famille » et « n'oubliez pas de regarder le spécial « Diario de Patricia » demain soir à 22 heures ». Car au cas où on ne serait pas encore assez abruti, l'Espagnol rusé se fend aussi pour notre bon plaisir de pages de publicité avant les informations, pendant les informations et après les informations. Ce qui nous mène donc sans encombre nos neurones ankylosés devant le petit écran au film du soir, à 22 heures tapantes.
Je vous le dis tout de go, je n'ai jamais encore réussi à regarder un film en entier sur ma télé en Espagne. Je m'endors toujours avant la fin. Je suis d'abord curieuse de voir un film américain doublé en espagnol - avec toute la nuance d'intonations que peut avoir Droopy dans une crise de fou rire de la part des doubleurs - et sans réelle concordance entre le mouvement des lèvres et les paroles prononcées par les acteurs. Je me hérisse devant les voix de Bruce Willis et autres qui ne correspondent pas du tout. Puis au bout d'un quart d'heure, publicité. Je profite de la première pause pour faire un rapide aller retour à la salle de bain. En fait je pourrais prendre mon temps car la pause dure un quart d'heure. Puis j'ai le droit à nouveau de voir 1/4 d'heure de film. Et au moment crucial, nouvelle coupure ! Bref à minuit passées je suis à peine à la moitié du film que j'essaie désespérément de suivre (non, « lave plus blanc » n'en fait pas partie), j'avoisine le QI de la crevette et je m'endors devant la publicité.

Le plus déprimant de tout ceci, pourtant, n'est pas tant l'oisiveté en soi, mais le fait de se sentir honteux et désoeuvré, honteux de n'avoir rien à faire. Comment ? Mais visiter la ville, se mettre au jogging, préparer un triathlon, prendre des cours de danse, que sais-je… Certes. Mais on a toujours cette satanée sale impression de ne rien faire. Rien faire d'utile. Là est toute l'ingéniosité de notre société qui réussit en un tour de main à nous rendre le travail indispensable à l'accomplissement.

Bon. C'est pas tout ça, mais je dois y aller, moi, j'ai mon réfrigérateur à nettoyer, maintenant qu'il est dégivré…

13 septembre 2004

Le revers de la médaille

Apres l'extase du retour en France, on soupire sur ce qui était bien, aussi, de l'autre côté de l'Océan…
La liste est, évidemment, non exhaustive…

1. Il y a des français plein les rues. On a beau faire, on les comprend et on les entend parler. On ne peut s'empêcher de capter des bribes de conversation qui nous exaspèrent. (« Mais si j't'assuuuuuuure…. Ouais et pis après il m'a dit ça…. Nooooonnnnn…. » etc. …)
2. Au restaurant, vous allez attendre les calendes grecques avant que le serveur ne s'approche de vous, et encore un peu plus avant d'avoir un sacro-saint verre d'eau. Dans ces moments la je regrette l'Américain qui vous apporte ça comme si vous veniez de traverser la vallée de la Mort en plein mois d'août.
3. La section non-fumeur était tout le restaurant. La, c'est un mur invisible entre deux tables. Bien sûr le restaurateur a pris soin de dire à la fumée de ne pas le dépasser. Tout de même.
4. Vous avez d'ailleurs l'impression d'être dans la vallée de la Mort en plein mois d'août parce que la climatisation n'est pas monnaie courante sur le vieux continent.
5. Bercée par le ron-ron de l'air conditionné, le calme me déstabilise à présent.
6. Je me résigne à ne plus voir les films avant tout le monde.
7. Les films sont doublés en français.
8. On a le bonheur de pouvoir continuer à regarder les très belles emissions du style Temptation Island et d'autres shows de la poor-reality-TV.
9. Le supermarché n'est pas ouvert le dimanche. Ni à minuit un jour de semaine.
10. Personne ne me demande comment ça va dans une boutique.
11. Le 'so called' beurre de cacahuète français ne devrait même pas avoir le droit de s'appeler comme ça.
12. Je ne trouve plus de cheese cake (sauf dans l'Est, la tarte au fromage… mais ce n'est pas pareil)
13. Ni de donuts, ni de cream cheese, ni de bagels.
14. Le restaurant Pétrossian à New York est encore à des prix abordables. En France hors de prix.
15. Je lutte pour trouver un café digne de ce nom que je peux emporter pour boire dehors, sans le payer un prix exhorbitant à la terasse d'un troquet comme je pouvais le faire à tous les coins de rue, au Starbucks.
16. Dans la rue je me remets à faire attention pour ne pas marcher dans les crottes de chien.
17. Personne ne sait ce qu'est une pink lemonade. (« Une punk lemaquoua ? »)
18. Un Cosmopolitan est un magazine à pubs. Pas une boisson. De toute façon on ne trouve pas de jus de cranberries en France… Comme ça le problème est réglé.
19. Les taxis sont hors de prix. De toute façon je n'en trouve jamais un dans la rue, je suis obligée d'appeler. Et je paie aussi le coup de fil.
20. Et le métro ne fonctionne pas 24h/24.
21. La météo est devenue l'émission phare qui permet à l'animateur de se mettre en vedette en cachant les petits soleils qui bordent la côte d'azur et nous empêche de lire combien il va faire froid à Brest demain parce qu'il est toujours devant. Soit dit en passant ils se plantent d'ailleurs souvent alors qu'ils ont de supers ordinateurs ultra modernes pour faire tous les calculs à leur place.
22. A Paris la taille des tables de brasserie est ridiculement minuscule.
23. Dans les cafés, les restaurants, les discothèques… tout le monde fume à qui mieux mieux… J'étouffe. Et quand je rentre chez moi, mes vêtements et mes cheveux embaument le tabac froid.
24. Il faut à nouveau que je pédale pour avoir Internet, et le modem 56K peine terriblement, du fin fond de ma verte Meuse.
25. Et si je n'ai rien à faire ce soir, eh bien… je n'ai rien à faire ce soir. A part compter les moutons ou les tracteurs des voisins, et les piafs du jardin.
26. Le premier supermarché est à 15 kilomètres et ferme à 20 heures.
27. Le premier bureau de poste est à 7 kilomètres et ferme à 16h30 - mais à 16h15 en réalité il n'y a déjà plus personne.
28. Je suis sûre qu'à l'instar des paysans américains, ceux de Meuse ne savent pas bien non plus si c'est le soleil qui tourne autour de la Terre ou la Terre autour du soleil (d'ailleurs elle peut tourner parce qu'elle n'est pas plate… elle est pas belle la vie ?)
29. Le français est chauvin et renfermé. Son pays est le plus beau du monde, alors pourquoi ai-je envisagé un instant d'aller voir ailleurs si l'herbe y était plus verte ?
30. Le français déteste l'américain. De New York ou d'ailleurs. Il l'admire mais le yankee l'insupporte. C'est comme ça. Alors un français qui est allé y passer un bout de temps, je vous laisse imaginer…

Mais peut-être suis-je bientôt sauvée ? A Metz comme à San Sébastien, Subway vient d'ouvrir ses premières échoppes. Je peux « manger frais » de « délicieux sandwichs » - c'est la pub qui le dit… Affaire à suivre !

06 septembre 2004

Adieu NYC, vieux continent me (re)voilà

Ca y est, Dolce Vita a refait ses valises pour la n-ieme fois et se retrouve pour un temps au pays de Moliere.
Comment s'extasier sur tout ce qui vous paraissait normal auparavant et qui desormais tient du miracle…
1. Les douaniers se moquent bien de savoir d'ou vous venez et pourquoi vous revenez. Vous avez un passeport local. Et pas de visa qui expire avant hier.
2. Les supermarches sont un miracle d'organisation. Le papier-toilette ne cotoie pas les petits-pois en boite de conserve et les brosses a dent electriques.
3. Les alles de supermarche sont assez larges pour que deux caddies se croisent.
4. Les proprietaires de caddies sont assez minces pour ne pas rester coinces entre leurs caddies lorsqu'ils se croisent.
5. Les fruits ont une taille et une couleur raisonnable. Les legumes transgeniques sont aussi disponibles, mais on connait encore les produits du terroir
6. Les yaourts en portion individuelle de 125 grammes existent toujours
7. L'Evian n'est pas a deux euros la bouteille
8. Et le Nutella en petit pot a moins de 5 euros fait bien partie de cette planete
9. Le lait ressemble enfin a du lait - bourre de matieres grasses, sans adjonction de vitamine A ou D, non homogeneise…
10. Le fromage n'est pas pasteurise. Non le morbier ne coute pas 10 euros les 100 grammes en France.
11. Il existe un rayon entier pour le chocolat en tablettes. Avec de tres jolis presentoirs qui doivent couter super cher a l'annonceur. Et pas de 'low carb' ecrit toutes les trois lignes.
12. Et au moins deux rayons pour les vins et spiritueux. A moins de 10 euros. Et bons.
13. Le café n'est pas du jus de chaussette. Le mot expresso fait partie du vocabulaire de base.
14. Au restaurant, on ne vous jette pas l'addition sur la table au moment ou vous entamez votre plat principal.
15. Vous n'avez pas a expliquer a vos amis pourquoi vous vous delectez en mangeant du foie d'oie sature de graisse (non ca n'est pas low carb et c'est pour ca que c'est bon)
16. Et vous pouvez prendre du vin a table, ca ne fait pas du tout mauvais genre. Bien au contraire.
17. A midi vous pouvez trainer deux heures au restaurant. Et ne plus coller des miettes sur la barre espace de votre ordinateur pour ensuite vainement tenter de les en retirer avec les doigts encore couverts de moutarde.
18. La moutarde, la vraie, vient de Dijon. Pas de chez Heinz.
19. Plus de calculs a l'aide de la calculatrice ultra-pas-pratique de votre telephone portable pour evaluer le tip a laisser au serveur. Et le service est compris dans le prix.
20. Le soir pour un diner d'affaires on ne vous propose pas de se retrouver au restaurant a 18 heures tapantes.
21. La Baguette est de retour ! Et les croissants, et les pains au chocolat…
22. Vous pouvez faire un exces de vitesse sur l'autoroute. Le tapis, sans nid de poule, permet cette fantaisie.
23. Vous pouvez faire un exces de vitesse sur l'autoroute. On ne vous arretera pas en vous demandant de mettre les mains sur la voiture en vous braquant avec un flingue.
24. Une Golf est une voiture de taille tout a fait normale de ce cote ci de l'Ocean. Alors que de l'autre, on avait l'impression d'etre au volant d'une Smart en regardant les vehicules autour de nous.
25. On trouve enfin a se garer pour moins de huit dollars la demi-heure.
26. Vous comprenez sans vous arracher les cheveux le systeme metrique, les temperatures en degres Celcius et les contenances en litres.
27. Le papier a une taille normale : 21x29.7 cm.
28. Les prises ont une tete familiere et le systeme electrique est en 220 volts. Vous pouvez enfin reutiliser votre seche-cheveux fetiche.
29. Les machines a laver lavent veritablement. Et commencent leur cycle a l'eau froide. On n'est pas oblige de mettre du pshit sur toute tache suspecte avant de lancer une lessive.
30. Vous n'etes pas oblige d'aller suer des heures dans une salle de sport climatisee pour faire comme tout le monde a New York.
31. Vous pouvez enfin suivre un film sans avoir a subir les 32 publicites habituelles.
32. Vous avez le droit de fumer dans un restaurant en prenant votre café. Sans etre oblige de sortir.
33. C'est la renaissance du quart d'heure de politesse que vous pouvez vous octroyer pour arriver en retard.
34. Vous ne payez pas pour les appels entrants de votre telephone portable.
35. La climatisation ne vous donnera pas l'impression d'etre en plein mois de novembre alors qu'il fait 35 degres dehors (Celcius).
36. Vous avez le droit de faire la gueule.
37. Vous avez le droit de ne pas demander a tout le monde comment il va aujourd'hui avec un sourire ultra bright.
38. Bush n'a pas encore annexe nos belles provinces pour se frayer un chemin direction l'Eldorado du Petrole.
39. Les cafards, s'il y en a, ne sont pas aussi bien nourris et donc pas si gros. Plus facile a chasser et a ecraser sans repeindre l'appartement…
40. And last but not least : Vous avez le droit de vous plaindre de tout, vous etes francais… 

30 août 2004

Le dilemme de l'expatrié

L''expatrie est comme cet oiseau de Beaudelaire, l'Albatros. En exil quelque part, heureux peut-etre, incomplet souvent.

L''expatrie fait en permanence face a ce cruel paradoxe : partir et vouloir rester, eternel dilemme. Envie d'ailleurs et peur de louper quelque chose en quittant cet ici rassurant. Un parent qui decline, une naissance a venir, des amis tout simplement. Tout ce petit monde qui se presse le sourire aux levres et le coeur gros, quand vous partez, a grand coup de bon voyage, bonne chance, ecris nous !

A la bonne heure, boheme nous voila, partis bien accorches, deracines, heureux pour un temps, malheureux comme les pierres et en extase devant notre nouvelle terre. Les amis avec le temps s'effacent faute de nouvelles, on n'a pas voulu prendre le temps de les appeler, de leur rappeler qu'on les aimait toujours, qu'on etait la. Alors ils ont oublie, continue a construire leur vie, la votre entre parentheses. Quand on rentre tout a change, ils n'ont pas attendu, ne vous attendent pas forcement. Non, tout le monde ne va pas se jeter a vos pieds parce que vous rentrez pour trois jours. L'anniversaire du petit dernier, le week-end chez Mamie prevu depuis des lustres, tu comprends, il aurait fallu que tu nous dises plus tot, attends je te rappelle, je dois moucher le chat.

Oui, mais moi, plus tot je ne sais pas et je ne peux pas. Je vis dans une ville tourbillon, sur un mode instantane ou je lance mes soirees a la derniere minute comme je rentre en Europe en coup de vent. Autour de moi on agit de la sorte, la norme pour moi est de ne pas prevoir si loin. La norme pour moi est de croire qu'on m'attend comme le messie lorsque je pose un doigt de pied sur le vieux continent. On ne se comprend plus. On a vecu tant d'histoires, vu tant de choses differentes... On evolue dans cette metropole grouillante qui fait rever tant d'esprits, nous. On voudrait parler de ce qu'on ressent, on nous demande de causer architecture. La fissure nait de l'incomprehension, de ce froncement de sourcil annonciateur de faille, de cet instant ou l'esprit se demande pourquoi l'autre qui auparavant aurait dit oui, fait maintenant la moue et n'en veut plus rien savoir, veut juste boire nos paroles et s'extasier sur LA ville.

Impression dechirante de toujours laisser derriere soi une partie de sa vie, sans savoir bien pourquoi. Saigner mais partir, et dans nos yeux rives vers l'ailleurs, les larmes de memoire brouillent l'image de notre devenir que nous voulions net et qui ne l'est pas, qui ne l'est plus.
On se retrouve sur un autre continent, une autre terre promise, perdu, seul au milieu de la foule avec cette envie irrepressible de crier sa joie et son desaroi. On apprehende, on est heureux, on est triste a la fois, detonnant melange qui au moindre souci fait exploser le contenu delicat, rires ou fontaine, c'est selon.

Ah la boheme ! Parlons en. Une valise dans chaque main et nos yeux pour pleurer. On voudrait l'aventure sans le dechirement continuel des departs sur fond d'annonces de compagnies aeriennes. Si Kleenex devait remercier une communaute, ce serait celle des expatries.

De cette boheme repetitive, de ces departs diluviens, de ces valises trop portees nait un sentiment etrange, qui, parfois, genere un instant de malaise autour de nous. A trop dire au revoir, on a parfois perdu le gout de chercher a connaitre, a connaitre veritablement, les ames qu'on cotoie. Parce qu'on sait que dans un mois, six mois, un an, on ne les reverra plus jamais. Alors quoi bon ?

L'expatrie perd ce cadre rassurant du pays qu'il connait, de ses amis toujours la, du supermarche au coin de la rue, Madame Michu qui sort Mirza a 8h12, qu'il pleuve, qu'il vente ou qu'il neige. L'expatrie perd l'habitude. Cette habitude, douillette, rassurante. Pas etonnant qu'a New York ou Singapour il se raccroche au premier francais venu. Il a besoin malgre tout de croire en sa vie ici, quelle que soit la duree de son sejour.

Et c'est la son paradoxe. Il se veut aime ici ou la, entoure et cajole, cherche a connaitre autour de lui, mais diantre, pas trop... Sinon il s'attacherait, un peu, beaucoup. Alors il sort, fait croire qu'il est heureux comme ca, qu'a New York, il est le roi du monde, d'analyste financier il s'investit et s'invente une couverture de trader, et se perd dans l'oubli des nuits interlopes de Manhattan. De peur, peut etre, qu'il ne se rappelle ce qu'il a laisse, la bas, en France ou ailleurs... Un amour, sa famille, ses souvenirs. Vague a l'ame qu'il repousse a coup de Chasse-Spleen vendanges tardives. Melancolie qui reprend en soupir majeur au cri strident du reveil matin.

Il s'habitue pourtant, oui, car on s'habitue a cette nouveaute offerte, on y recree ainsi un microcosme cocon pour faire le paon en soiree et flaner chic. N'est pas a New York qui veut.
Un jour pourtant, on reprend la route, on tente d'enfermer a jamais dans une malle des souvenirs qui n'y tiennent pas, on partage, on donne, on jette, on soupire, on pleure, on tasse, on se tait, c'est fait, c'est ferme.

On passe sa vie mal assis sur le fauteuil decharne d'un aeroport a regarder les touristes qui font voyager leurs appareils photos. On a le coeur gros comme la ville au milieu de cette joyeuse indifference qui defile autour de nous.

Partir, c'est mourir un peu. On se veut fort, mais notre carapace craquelle vite aussi...

24 août 2004

Montréal, en avion et à pieds


Dernières nouvelles du front new-yorkais.
Enfin, New-Yorkais, pas tant que ça ces derniers temps, étant donné que j’étais à Montréal le week-end dernier. Avec un jour de congé en plus, ce lundi, cela fait des petites vacances tout à fait acceptables.
Samedi, on est arrivé à vers midi à l’aéroport (oui, les stars prennent l’avion, c’est bien connu), le temps de poser les bagages à l’hôtel, et de partir se balader, ça nous a laissé toute l’après-midi. On a marché dans les quartiers jusqu’au vieux port via Chinatown et la vieille ville, la place d’Armes, etc. … Ensuite, on a retraversé la ville dans l’autre sens via le quartier des affaires (désert, un samedi après-midi, certes), et un petit bout des galeries de la « ville souterraine », et jusqu’à l’Université Mag Guill.
Samedi soir, fatigués, on est allé dîné dans un petit restaurant près de notre hôtel avant de s’écrouler.
Dimanche, levé vers 10 heures, on est allé nager comme des braves sportifs à la piscine de l’hôtel, pour nous donner bonne conscience et aller se faire un brunch dans la foulée ! Ne connaissant pas assez la ville, on a demandé conseil au concierge qui nous a aignuillé vers le Lutécia, restaurant de l’Hôtel de la Montagne. Pouru $35 (canadiens), c’était gargantuesque. Buffet d’entrées pour commencer - carpaccio de saumon et St Jacques, bagels divers et variés… - après cela, on a eu un peu plus de mal, car le brunch enchaînait sur trois plats. Un œuf poché aux épinards (jusque là, ça allait), puis un pavé de saumon grillé (après ça je n’avais plus très faim) et une tranche de rôti en sauce avec petits légumes et gratin daufinois (là, j’ai carrément calé)…. Sachant qu’après, il y avait un buffet de fromages et desserts à tomber par terre – entre autres de la mousse au chocolat blanc et des réductions sucrées avec des fruits : à se damner.
Ensuite il a fallu se lever de table… dur !
On est allé l’après-midi au Parc Mont Royal pour s’oxygéner et éliminer un peu. On a marché jusqu’à la croix au sommet via le Bélvédère pour avoir le point de vue sur la ville et on est redescendu de l’autre côté en passant par le lac aux castors – sans castors mais bondé de pique-niqueurs.
Lundi, session culture, on s’est fait deux musées. La Biosphère qui est sur l’île St Hélène d’abord. L’architecture est intéressante, toute en tubes de métal, comme une géode en suspension. On a un très joli point de vue sur la ville depuis le sommet. Par contre, le contenu est bof. Le musée est surtout fait pour les enfants.
L’après-midi, on est allé au centre archéologique Pointe-a-Calliere, voir une expo sur les origines de Montréal et une expo sur l’Océanie. On voulait au départ se faire le musée des Beaux Arts, ou celui d’Histoire, mais c’est fermé le lundi… arf arf.
Le soir, on a dîné dans un petit restaurant grec sur le « plateau », quartier français s’il en est.
On a eu de la chance : du beau temps tout le week-end. Ce matin, levés à 4h (yuk) pour prendre l’avion et j’étais à 9h tapantes au bureau… ca va être plus dur cette après-midi…
A part ça, le reste de la semaine précédente a été très new-yorkais, avec le pot de départ d’un grançais lundi soir, dans un lounge de l’East Village, mardi soir les French Tuesdays, soirée franco-américano-supdeco sur le toit d’un immeuble midtown (on n’aime pas mais on y retourne… allez comprendre) etc… 

Seule consolation pour cette semaine qui commence : elle va être courte d’ici vendredi 13 heures !