19 juillet 2004

Tears from a star

Je ne sais pas si vous avez déjà remarqué comme les conditions climatiques peuvent changer la géographie du paysage. Il en va ainsi pour New York, dont le visage évolue au gré des vents… Petit panorama de la ville sous la pluie.

C'est un fait, un jour de pluie à New York commence toujours de cette manière : vous vous levez (en retard), vous écoutez (ou non) vaguement les prévisions météorologiques de la journée, vous regardez par la fenêtre, le soleil vous sourie, vous haussez les épaules et partez prendre votre métro en pestant contre le Seigneur Météo qui vous annonce décidément toujours le contraire du temps qu'il fait. Jusque là, cela vous amuse encore.
Vous arrivez guilleret (ou presque) et en retard au bureau mais il fait beau, et cela tombe bien, vous avez decidé d'aller vous promener à Central Park ce soir après vos longues heures de dur labeur coincé entre les panneaux de votre minuscule cubicle. Méfiez vous de cet environnement de travail là. Car il est fourbe. Dans l'air aseptisé et climatisé des bureaux new-yorkais, l'année défile sans anicroches, égale à elle même. Au dehors, quelque part sur la planête, on peste contre les nuées de papillons qui s'envolent soudain.
La journée passe, on s'acharne, on déjeune devant son écran d'ordinateur (et sans en mettre partout entre les touches du clavier : on appelle ca la sagesse de l'expérience). Sur le coup de 18 heures, on parvient à filer - et c'est une chance que l'on puisse s'évader à cette heure là. Au moment où l'on met le nez dehors, on entend un lointain grondement de tonnerre, auquel on ne prête guêre attention, bruit ambiant de la ville oblige.
On se dirige donc, d'un pas léger, vers ce parc qui nous tend les bras, poumon de verdure. Entre deux feux rouges, on se risque à lever le nez vers le ciel, et on en vient à froncer les sourcils… Des nuages bien noirs à l'horizon… Bah ! Advienne que pourra. Nous allons tout de même gambader dans la verte nature.
Notre enthousiasme, pourtant, en a pris un coup. Et avec juste raison. Au moment où nos petits pieds frétillent enfin de reposer sur l'herbe tant attendue, les premières gouttes de pluie s'abbatent sur nous. Triste, décu, on a souvent des véléités de braver la pluie. C'est une erreur. A moins d'avoir décidé d'être la nouvelle Roxana Maracineanu.

La pluie a New York tient plus de la mousson que du crachin breton de notre belle France.
En quelques instants, les rues se transforment. Des grandes dalles des trottoires ruissèlent des torrents de pluie qui vont grossir le flot des canniveaux… A certains carrefours, il devient presque impossible de traverser sans une bonne vieille paire de bottes en caoutchou : c'est une piscine au dessus de laquelle il faudrait pouvoir voler. La largeur et prodondeur des flaques d'eau est à la hauteau de la démesure de la ville… C'est aussi ce jour là que vous aviez décidé d'etrenner vos sandales en corde, et que vous les regardez avec la sombre impression qu'elles vont se disloquer dans les flaques… ce qui s'avère généralement vrai -vous le découvrez en rentrant chez vous, au son du 'chouic chouic' de vos semelles détrempées.

Aux coins des rues naissent telles les fleurs du désert les ambitions de ceux qui savent s'adapter et profiter de toute situation. Les vendeurs ambulants de lunettes de soleil reviennent avec des chariots emplis de… parapluies made in Canal Street. Une aubaine de courte durée.
Là encore, vous risquez de vous mordre les doigts de ne pas avoir emporté votre parapluie chéri ce matin… A l'instant exact où vous ouvrez votre acquisition, une bourrasque de vent s'y engouffre et la pauvre bête, avouée vaincue, se retourne. Il ne vous reste plus qu'à patiemment tenter de vous abriter sous une marquise pour la réparer, et remettre une à une les baleines dans leur sens originel… Ce que vous avez évité de justesse à la première bourrasque, vous attend au coin de la rue. A la seconde bourrasque, votre parapluie, vengeur, se retourne à nouveau. Le roseau plie, le parapluie trépasse…

Un peu désabusé, vous pouvez alors passer au plan B, l'option ultime : prendre un taxi. Envisager de héler un taxi à un coin de rue bien passante un jour de pluie, c'est un peu comme se dire que pour une fois, dans le prochain James Bond, les méchants vont gagner. C'est une entreprise vaine. Le nombre de taxis libres est, c'est un fait, inversement proportionnel à la quantité d'eau déversée par les nuages sur la ville…

Il ne vous reste plus qu'à vous réfugier dans le Starbucks/Deli le plus proche et commander un grand crème en regardant la pluie tomber, bien au froid, transi par la climatisation qui achève tout doucement de vous frigorifier jusqu'à l'os dans un ronronnement permanent qui semble maintenant vous sussurer à l'oreille de penser à écouter la mét éo la prochaine fois.

Admirez le paysage et laissez votre regard se perdre dans le ciel gris où la cime des immeubles vient innexorablement de se dissimuler, donnant à la ville un aspect fantastique, mélancolique, une lassitude étrange qui semble s'étirer jusqu'à l'infini…

On and on, the rain goes on, like tears from a star...*
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* Mes félicitations à celui/celle qui retrouvere l'origine de cette citation !

1 commentaire:

  1. Bon j'ai que 6 ans, 1 mois et 16 jours de retard mais il me semble que si tu changes goes on par will fall, il s'agit de Fragile de Sting.

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