08 juillet 2004

Je donne des munitions pour voter contre Bush


Dix jours après sa sortie aux Etats-Unis, Fahrenheit 9/11 est devenu un phénomène, engrangeant plus de 60 millions de dollars de recettes. Michael Moore a répondu hier aux questions de Libération alors que le film sort aujourd'hui sur les écrans français.

Pourquoi avez-vous décidé de faire Fahrenheit 9/11 ?

J'étais fatigué de regarder les journaux télévisés tous les soirs ou d'acheter des journaux qui ne relataient que la version officielle sur l'administration Bush. Personne n'était prêt à dire la vérité. Alors, j'ai décidé de faire un film pour présenter ma propre version des faits, et pour montrer ce qui, selon moi, correspondait à la vérité.

Vous montrez Bush souvent en vacances dans les premiers mois de 2001 et vous suggérez qu'il n'a pas pris la menace terroriste suffisamment au sérieux. S'est-il vraiment «endormi au volant» ?

Oui. Mais je pense que ceux qui tirent vraiment les ficelles voulaient qu'il soit «endormi au volant». Ils avaient leur propre agenda. Bush, comme beaucoup d'autres politiciens, est ce que l'on appelle un «idiot utile». Les ultraconservateurs savent très bien que le public ne va pas élire Donald Rumsfeld comme Président. Ils ont besoin de quelqu'un comme Bush, pour pouvoir accomplir ce qu'ils ont à accomplir. Bush n'est qu'une marionnette.

Vous estimez qu'à cause des liens entre la famille Bush et la famille royale en Arabie Saoudite, le Président n'a pas enquêté comme il fallait sur le rapport entre Al-Qaeda et Riyad...

Je pose la question : est-ce que le «traitement spécial» dont ont bénéficié tous les Saoudiens qui ont quitté le pays après le 11 septembre a quelque chose à voir avec les relations qu'entretiennent la famille Bush et l'Arabie Saoudite ? Je ne supporte pas que l'on parle de la «famille royale saoudienne». C'est une dictature brutale, un Etat policier et la «maison des Saoud» (la famille royale, ndlr) fonctionne avant tout comme une grande entreprise. Pour eux, ce qui se passe avec les Bush est du business. Et quand on sait que les Saoudiens ont investi 1,5 milliard de dollars dans des compagnies liées aux Bush, on peut supposer qu'on répond à leurs coups de fil quand ils appellent la Maison Blanche.

La Maison Blanche a assuré que Fahrenheit 9/11 n'était pas un documentaire, mais de la mauvaise fiction...

Les gens qui me critiquent sont tous des ultraconservateurs et des menteurs professionnels. J'ai toutes les preuves qu'il faut. Dans les prochains jours par exemple, je vais placer plusieurs documents sur mon site web (1). Certains montrent que la majorité des 1,5 milliard de dollars investis par les Saoudiens aux Etats-Unis est allée directement au groupe Carlyle, un complexe militaro-industriel proche des Bush. D'autres montrent que le prince Bandar (l'ambassadeur saoudien aux Etats-Unis, ndlr) a fait une contribution de plus d'un million de dollars à la bibliothèque de Bush père, et qu'il a déjà donné une peinture d'une valeur d'un million de dollars au président Bush pour sa future bibliothèque. Ceux qui critiquent essaient d'empêcher les gens d'aller voir le film, car ils ne veulent pas discuter des vrais problèmes que je pose. Alors, ils m'attaquent. Mais cela ne marche pas. Plus ils m'attaquent, plus les gens se déplacent pour voir Fahrenheit 9/11. Et les vrais Américains, ceux qui travaillent, savent ce qui est vrai et ce qui est faux quand ils sont dans la salle. Ils savent que c'est un film de «non-fiction» qui expose ce que fait l'administration Bush.

Le pétrole était-il la principale raison pour laquelle Bush a déclaré la guerre en Irak ?

C'était l'une des raisons principales. Le fait de vouloir venger son père a joué aussi un rôle, comme la possibilité de distraire l'opinion publique par rapport aux problèmes économiques. Bush a voulu créer un lien avec la guerre contre le terrorisme, pour faire en sorte que les Américains aient peur et puissent être mieux contrôlés. Si les gens sont constamment effrayés, ils vous garderont au pouvoir. Mais Bush sait que la famille royale saoudienne n'aura pas éternellement le pouvoir et il est évidemment intéressé par le contrôle du pétrole irakien.

Le film aura-t-il un impact sur les élections de novembre ?

J'ai une mission à court terme et une mission à long terme. La première, c'est de chasser Bush de la Maison Blanche. Ma mission à plus long terme est de faire en sorte que le public américain commence à réfléchir à des sujets comme les classes sociales ou l'origine de la richesse. Et commence à se rendre compte que le système économique dans lequel nous vivons est injuste. Au long de mes films, j'ai toujours insisté sur le fait que le capitalisme était un système «diabolique» qui profite à l'élite, aux dépens de la majorité. Et c'est une pilule difficile à faire avaler aux Américains. Mais je m'emploie à faire passer le message. Avec les moyens de cinéaste qui sont les miens.

Votre film va-t-il toucher les indécis ou même les républicains ?

Il y a une histoire aujourd'hui dans USA Today qui raconte que des républicains étaient «époustouflés» après le documentaire et ne savaient plus s'ils allaient voter pour Bush ou non. Je pense que le film peut avoir une énorme influence sur le scrutin de novembre, notamment auprès des jeunes. Les gens veulent connaître la vérité.

Vous aviez soutenu Ralph Nader pour la présidentielle de 2000. Soutenez-vous Kerry pour novembre 2004 ?

Je n'ai pas soutenu officiellement Kerry, et je ne le ferai pas à moins qu'il revienne sur son soutien à la guerre en Irak. Nader commet une grave erreur en se présentant car il fait plus de mal à la gauche et aux écologistes qu'à l'administration. Pour le bien de la planète, il faut que l'on se débarrasse de Bush. Mais ce n'est pas à moi de dire aux gens pour qui ils doivent voter. Je leur donne simplement suffisamment de munitions pour voter contre Bush.

Quelle est votre opinion personnelle sur Bush ?

Je suis triste pour lui. Il ne donne pas l'impression de vouloir être président des Etats-Unis. Il voulait certainement rester à la maison, faire la fête et aller voir des matchs de base-ball. Il n'a jamais eu aucun intérêt pour un quelconque pays étranger avant d'être à la Maison Blanche.

Quelle est la meilleure définition de Michael Moore : activiste politique, cinéaste... ?

Je suis un activiste politique car je suis un citoyen dans une démocratie et tout citoyen se doit d'être actif dans le processus politique pour que cette démocratie fonctionne. Je suis un cinéaste et un écrivain. C'est vrai que je vis bien, que j'ai du succès et que j'habite à Manhattan, mais rien de tout cela ne m'a monté à la tête. Je suis toujours quelqu'un de la «classe ouvrière». Et il ne s'agit pas de moi, mais de millions de laissés-pour-compte. C'est ma responsabilité : faire en sorte que tous ceux qui sont oubliés soient entendus. Mon argent, je le réinvestis dans mes films, mes livres et dans de nombreuses organisations qui tentent de changer le statu quo.

(1) www.michaelmoore.com

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