05 juillet 2004

Et si on prenait... le métro

Ahhh les joies des déplacements dans Manhattan ! Que va t-on choisir cette fois ci ? Taxi, bus ou métro? S'étant définitivement ruiné pour un billet d'avion pour venir ici, on se décide finalement pour le moyen de transport qui nous semble le plus pratique et le plus rapide dans Manhattan intra-muros. C'est à dire le métro.

Le métro de New York est à l'instar des entrailles fétides d'un monstre immense, géant composite, de métal, peintures et plastiques au travers duquel circulent des milliers de fourmis, de petits éléments, telles des paraméties au mouvement frénétique incessant, évoluant dans ses veines souterraines. Monde de lumière artificielle et d'odeurs âcres, douceâtres, nauséabondes. L'homme y a creusé d'innombrables tunnels, alimentant la bête, vaisseaux sanguins artificiels déroulant leurs bras sans fin sous la peau de la ville, où une multitude de trains font circuler l'air souffré de la terre.

On a beau se dire que ce n'est pas si terrible, il y a toujours ce moment, où, dans la touffeur de l'été, on pénêtre dans l'antre et on a la sombre impression de se retrouver dans l'anti-chambre de l'Enfer. La température et l'odeur rappellent les descriptions mythologiques. On craint a chaque volée d'escalier de tomber sur un Cerbère retors, à trois, cinquante voire cent têtes, selon la démesure de la légende. Evidemment, vous vous êtes certainement déjà rendus compte que lorsque la chaleur est étouffante, il vous faut gravir ou descendre un nombre exponentiel de marches, et les escalators ne fonctionnent alors pas non plus - ce qui est normal : il fait trop chaud pour eux aussi. On arrive donc, sur le quai, pour attendre le train, et comme on est hors d'haleine d'avoir voulu trop se dépêcher, on tente de s'en remettre en prenant une grande goulée d'air frais.

Erreur fatale. Car, comme on l'a dit plus haut, l'air - si l'on peut encore l'appeler comme cela - du métro de New York est tout sauf de l'air frais. Au paroxysme de l'été, cet air là est encore moins respirable que celui avoisinant l'étal de poisson du brave Gaulois dans le village d'Asterix, Ordralfabetix si je ne m'abuse. Ce qui n'est pas peu dire. On frise donc l'asphixie, ce qui a pour conséquence de nous faire essayer d'inspirer encore plus pour survivre et c'est pire. Lorsqu'au bout de trois minutes on a enfin fini par reprendre un rythme respiratoire normal, on constate que les autres usagers se sont discrètement éloignés de nous, histoire qu'on ne leur transmette pas le cancer du sida au passage. On n'est jamais trop prudent.

On attend, donc. On attend ce train qui etait censé arriver d'une minute a l'autre, mais chemin faisant qui apparemment prend son temps. Lorsque ledit train arrive enfin, les usagers, maintenant moins farouches, se sont à nouveau rapproches de nous. On met en effet un point d'honneur à respirer mesurement, afin de ne pas risquer l'étouffement fatal. Au moment où le train ralentit, dans un sifflement digne d'un décollage de tympan, on se sent a moitié emporté par la bouffée d'air deplacée par le métro, et a moitié retenu par la foule qui se masse autour de nous dans l'espoir fugace de gagner une place dans la course du "c'est-moi-le-premier-a-être-rentré-dans-le-wagon". On a beau essayer de se débattre, je crois qu'on perd toujours (moi en tout cas, même quand la porte s'ouvre juste devant moi, bizarrement, je me fais toujours expulser au moment M).

La porte s'ouvre alors. Le wagon vomit un flot de fourmis pressées de se rendre on ne sait où, mais surtout visiblement enclines a nous emporter avec elles, dans leur hargne de sortir plus vite. On s'accroche. On reussit à avancer, on pose enfin le premier pied sur le sol du wagon. Allo Huston ? On a reussi.

Là, horreur et damnation. Autant l'atmosphère etait étouffante au dehors, autant elle est glaciale au dedans. Le métro de New York ne connait que deux positions pour la climatisation. Très très chaud (l'hiver) ou très très froid (l'ete). On vient de subir un choc thermique sans équivalent sur l'échelle sismique de Richter tant il est intense, qui a gelé tous nos petits neurones et toute notre capacité a repérer la dernière place entre deux indigènes - nouvelle erreur fatale que n'ont pas commis tous ceux qui vous ont précédé dans cette course aujourd'hui, et qui ont fondu dessus comme des rapaces sur leur proie.

Heureusement, avant que le train ne redémarre, vous avez la présence d'esprit de vous retenir à une barre disposée à cet effet, ce qui vous permet généralement de ne pas aller écraser la vieille dame assise devant vous, en vous affalant sur ses genoux.
Il m'est, en tout cas, personnellement impossible d'atteindre les barres horizontales fixées sur le plafond des wagons, à moins justement de monter sur les genoux des gens. Ce qui est relativement pénible en cas d'affluence. Ca donne une forte propention à aller se fracasser le nez sur le dos de ses covoyageurs.

Inutile de dire que lorsqu'on ressort du train, on est à nouveau sujet au choc thermique inverse - nous étions en Antarctique, bienvenue en Enfer. Courage, la sortie est proche…

Nous finirons sur ce constat dérivé de l'anglais Jim Keeble: Hell is not waiting for a horrible train that never arrives.
It's waiting for a horrible train that never arrives, surrounded by a million penguins.

La question, donc, serait de savoir ce qui est pire : attendre le métro, ou bien etre dedans. La prochaine fois je marche, tout simplement…

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Nota. Jim Keeble, in My Fat Brother. Citation originelle:
"Hell is not waiting for a horrible event that never arrives. It's waiting for a horrible event that never arrives, surrounded by a million penguins."

28 juin 2004

Les stigmates d'Ellis Island

Pour continuer dans la lignée des MZA, une rubrique spéciale a consacrer a l'immigration américaine pour les pauvres petits étrangers que nous sommes.

Pour ceux et celles qui n'auraient pas eu la chance de retraverser les frontiers du Pays de la Liberté (ouioui, avec le grand L et tout et tout), sachez que maintenant c'est un tour de force qu'il faut réaliser pour pouvoir enfin embrasser le goudron surchauffé hors de JFK en arrivant d'un vol international.
Pour ne citer qu'un exemple, on arrive de France après 7 heures de joyeux bonheur, avec un peu de chance, on s'extraie du siege de l'avion avec un chausse-pied, ayant eu l'extreme plaisir d'avoir pour voisins deux américains en surpoids (véridique, cette fois la, on a du changer de place un pauvre asphyxié, et on ne voyait meme plus le siege une fois que les deux autres s'etaient réinstallés…). On s'extraie, donc, on baille, on escalade siège, convertures, passagers… pour récuperer sa veste froissée, phénomene résultant de la gentillesse des sus-cites indigènes ayant entreposé a peu pres 39 kilos de sacs dessus - évidemment on fait attention car "L'ouverture des coffres a baggages peut entrainer la chute d'objets" et on ne veut pas un procès.
Bref. On fait la queue comme tout le monde puis on tente un sprint comme tout le monde pour se rendre compte comme tout le monde qu'il va falloir faire la queue parce qu'a l'immigration, seules deux guérites sont ouvertes, et devant nous il y a un avion d'Air Bangladesh qui vient de débarquer, et visiblement les occupants ne maitrisent pas l'anglais. *
Apres une bonne heure a advancer en tremblant de fatigue et peur - et si on avait mal rempli le papier ? Et si on était renvoyé derriere tous ces gens qu'on a poussés pour gagner une place dans la lutte pour gagner une minute ?? Et si on ne comprenait pas ce que le Mossieur baragouine ?? Nous avons en tout cas signé : on ne peut plus tuer le president ni envisager un acte terroriste sur ce territoire, on s'est engagé a respecter l'accord.
On est enfin admis a voir de près la tete du MZA. Le douanier new yorkais a l'air desabusé des gens qui ont vu defiler devant eux le monde entier, nantis pressés, touristes ravis ou paumés. Il leve un sourcil blasé, on tent notre passeport et les trente documents adjacents. Il met un tampon sur toutes les pages, contresigne, nous recherche dans son ordinateur au cas ou en 1984 on aurait negligé de payer la note d'hotel ou bien il resterait des impayés des impots de 1975 appartenant a une tante eloignée installée dans le coin et depuis decedée (mais ca l'ordinateur ne le dit pas). Finalement il ne trouve rien et on soupire de soulagement. On n'avait rien de special a se repprocher mais on a l'impression qu'il allait deviner, que, oui on admet, c'est nous qui avions cassé la vitre du garage en 1992 mais on a fait porter le chapeau au petit frère. On s'apprete a partir mais il reste encore deux etapes. Au cas ou on se laisse aller durant notre sejour a casser une vitre de nos petites mains delicates, on prend nos empreintes digitales. Index gauche et index droit. Gloups. Ensuite on nous prend en photo.
Regloups. Big Brother is definitivement watching all of us, les enfants. Apres exactement 12 minutes et 38 secondes, on a le droit d'avancer un peu plus loin et d'attendre nos bagages. C'est un fait, si vous etes pressé, votre valise arrive toujours en dernier. Toujours. Votre valise arrive donc en dernier. Les douanes ont laisse ouvert un guichet, ou tous les passagers de votre vol se sont deja massés, vous esquivez les mouvements de bagages et vous faites la queue. C'est long, mais vu l'ardeur du MZA, vous devriez survivre : il se contente de collecter la p'tite feuille bleue et blanche. Non vous n'avez pas mangé de la terre contaminée dans les dernieres 48 heures et vous n'avez pas goulument embrassé de lama. Et si c'était le cas, eh bien faites comme si ce n'était pas le cas. Vous pouvez donc passer. Les portes automatiques s'ouvrent sur votre passage…...

Vous etes aux Etats-Unis. On ne passe plus par Ellis Island mais qu'a t-on gagné ? On a informatisé le systeme et on ne vous regarde plus les dents. On part du principe que vous savez lire. On vous scanne, vous, vos poches sous les yeux et vos cheveux en bataille, vos petites mains.
Mais ce n'est pas grave. Vous etes aux Etats-Unis. Le Pays de la Liberté. Ce vieux reve de gosse, voir New York, se réalise. Pour de vrai. Vous allez pouvoir enfin embrasser le goudron surchauffé hors de JFK.
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*. Je n'ai, envers le Bangladesh, qu'une bienveillante neutralite et n'ai voulu froisser personne en prenant ce charmant pays en exemple….

26 juin 2004

A la reconquête de l'Ouest

Un grand merci à tous les membres de mon éminent fan-club, c’est donc avec plaisir que la société Dolce Inc. vous fait part des plus ou moins extraordinaires z’aventures de sa présidente. En exclusivité, de notre correspondante permanente à NYC.

Première semaine de vrai traavail un peu violente, admettons le. Le New Yorkais n’a pas exactement le même sens du rythme de travail que l’espagnol, même préparant un mastère de marketing. C’est, étrangement, côté yankees, un tantinet plus rapide. Mes neurones ne se sont pas encore complètement remis, après des semaines de larvage et bornzage intensif sur la plage à Donostia. Dur. Je vous le dis, c’est plus la même chose. Faut savoir que qu’on veut, malgré tout. On ne peut pas avoir le soleil, les pépettes et le sourire du masseur. Bref je suis passée de l’option soleil à l’option pépettes sans même apercevoir le sourire du masseur sus-cité.

Mais ce n’est pas si grave. Ce week-end de repos était très très bien. Vendredi et samedi j’ai dormi chez une amie pour garder son chat Bisou – elle partait en week-end à Montréal. Ce qui m’a permis de troquer mon 10m² placard inclus contre son 70m². Pour passer de ma chambrette à son appart, j’accepte sans trop rechigner de changer la litière du félin.

Samedi avec des amis, on est allé visiter les Cloîtres, sur le 190ème et West End Avenue. C’est tout en haut de Manhattan, sur une colline avec un très joli parc. On a une vue superbe sur le Washington Bridge.

En fait, ces Cloîtres ont été réalisés avec le soutien financier et sur demande du Sieur Rockfeller au début du 20ème siècle. C’est une sorte de grand monastère reconstitué… à partir de fragments d’églises françaises, espagnoles ou italiennes. C’est amusant de se dire ah, tiens, le tronton de la chapelle vient de Dijon. Et l’auteul de Gironde ! Telle statue est de Rome, etc. … les jardins cloîtrés sont très bien faits, et c’est reposant de s’y promener. C’est calme, et l’air y est frais. Pour un peu, on se croirait hors des USA… L’ensemble des bâtiments fait penser à un vieux monastère espagnol, comme on en voit tant sur le chemin de Compostelle, ou encore aux Missions catholiques qui pullulent dans le Sud de la Californie (San Juan Capistrano, pour n’en citer qu’une). Sauf qu’ici, tout est reconstitué. Mais je suis sûre que la moitié des gens qui visitent sont persuadés que nooooooooooon c’est du vrai d’ici (des américains ??).

Après ça, on a été voir Shrek II – qui est certes sorti ici il y a un sacré bout de temps, mais qui fait un carton, et tient donc encore le haut de l’affiche. Eh bien, je l’ai trouvé mieux que le premier ! Si vous souffrez de la pluie un jour, faites vous plaisir et allez le voir, cela vaut vraiment le détour. Bon, et puis j’admets qu’en anglais dans le texte, c’était pas mal non plus. Il y a entre autres dans l’histoire un chat botté dont Antonio Banderas fait la voix… :)

Le soir on est sorti – mais pas très tard – au « Beauty Bar », un bar qui est un ancien salon de coiffure réaménagé. Tous les accesssoires (casques, fauteuils… ) ont été conservés, ce qui fait un décor kitch à souhait, façon années 70. On peut encore s’offrir une manucure entre deux verres… Amusant.

- Claire, on a pensé à toi avec Mag : on s’est évidemment commandé un Cosmo !

Et hier plage, histoire d’entretenir un peu le bronzage. Eh ben y’avait tellement de vagues qu’on aurait pu faire du surf… et, bien sûr, il y avaient aussi les lifeguards qui arpentaient la grève en quête d’une blondasse à sauver de la noyade… Nobody’s perfect.

Hier soir j’ai dîné avec des copines dans un petit restaurant japonais de l’East Village : ahhh les sushis qui m’avaient tant manqué en Espagne…

Après cela je suis rentrée, histoire d’être en forme pour attaquer la semaine… D’ailleurs il va falloir que je m’y mette, si je ne veux pas camper ici jusqu’à 19 heures ce soir…

A tous et à toutes des tas de muxus transatlantiques, avec mes remerciements pour avoir souscris à la niouzlettre de Dolce Inc.

17 mai 2004

MZA ou la disparition

Explication de texte sur les Méchants Z'Administrateurs de France et d'ailleurs.

Le franchouillard est persuadé que toute la misère du monde s'abbat sur ses petites épaules délicates dès qu'il passe le seuil d'une Administration publique dans sa patrie : Sécurité Sociale, Préfecture, Poste…... Que celui qui n'a jamais été la victime apparente du sadisme d'un employé fonctionnaire qui lui aurait rabattu violemment sur les doigts la partie mobile de la plaque de plexiglas de son guichet lève la main. On maudira alors pendant des jours et des jours les Méchants Z'Administrateurs (MZA) qui s'empressent de fermer à 16h45 quand vous vous apprêtiez ingénument à ouvrir la porte, dans votre naïveté du « Mais c'est ouvert jusqu'à 17h, non ? » Oui, certes, mais bon, il faut éteindre les ordinateurs, la photocopieuse, éventuellement faire un dernier passage à la machine à café, sinon où vont les relations sociales dans ces bureaux, je vous le demande… Ahhhh bon. Soit. Cela a une certaine logique.

Dans notre grande naïveté, donc, lorsqu'on arrive en Terre Etrangère, on se dit qu'enfin, peut-être, ce sera mieux. Mais il semble malheureusement que les MZA ne connaissent pas de frontière car il est jouissif de rebuter le gentil contribuable harassé dans sa lancée optimiste du « Il me reste encore un peu de temps avant que ça ferme » ou équivalent, quelque soit l'endroit où il se trouve.

Je puis ainsi vous compter par le menu mes derniers déboires basques espagnols.

Il y a deux semaines, dans mon envie de me cultiver en parcourant le pays, me voilà partie à Vitoria-Gasteiz, petite bourgade basque de 200 000 habitants, capitale de la province d'Alava. Charmant centre ville aux allures de Moyen Age, où la modernité a tout de même percé récemment : un musée d'Art contemporain flambant neuf, géré par la ville (les MZA, ouioui). Qui proposait alors, entre autres, une exposition photographique de l'Américain William Wegman, celui là même qui s'amuse à photographier son chien avec des feuilles de nénuphar sur la tête. C'est là que commence la scène. Comme dans tout musée qui cherche à garder une partie de ses investissements, on vous prête un audio guide si vous acceptez de vous délester d'une pièce d'identité pour la visite du musée. La contribution aurait pu être pire, on est content, on va tout comprendre, on accepte donc. On visite, on en profite, on se promène, on admire, on s'interroge sur le fait qu'une serpillière traîne au milieu d'une pièce, on se rend compte ensuite que c'était une oeuvre, ce n'est pas notre faute, celle ci n'etait pas expliquée dans le tour. On rend l'audio tour, on dit merci et au revoir, on termine de se promener un peu dans la ville et on rentre tranquillement chez soi le soir.

Le lendemain, on vaque tranquillement à ses occupations, et en fin de journée, un vendredi, on se décide à aller remplir son réfrigérateur pour ne pas se réveiller un dimanche après-midi avec une faim chronique et la désillusion de ne retrouver qu'un paquet de pâtes d'il y a trois ans dans un placard de la cuisine - en Espagne on n'est pas prêt d'avoir les supermarchés ouverts le Jour du Seigneur. On remplit son chariot, on passe en caisse, on est moderne et on paie avec une carte bancaire, la caissière demande une pièce d'identité et le monde s'écroule. On ne la retrouve pas. On sent déjà se profiler la désillusion et la faim chronique du dimanche après-midi quand on ne mettra que la main sur ce vieux paquet de pâtes sus-cité. Evidemment il nous reste exactement deux Euros et trente deux centimes en monnaie ce qui nous paie un paquet de pâtes neuf et de l'huile d'olive mais on n'a pas pu retrouver cette fichue carte d'identité. On rentre perplexe, et, tout à coup, on réalise avec un cri d'horreur qu'elle doit être encore bien au chaud avec le chien de Monsieur Wegman et ses nénuphars, à peu près à 200 kilomètres de là. Horreur et damnation. Le lendemain, samedi, on prend donc son courage à deux mains et à un téléphone pour appeler le Musée. On lutte pour obtenir la gentille opératrice qui va nous parler en castillan et pas en basque, voilà merci, sinon on ne va jamais se faire comprendre. Quand enfin on réussit à avoir le guichet au bout du fil, une voix gnangnan nous dit tranquillement « ahhhh oui, votre carte d'identité… Moui je crois qu'on l'a remise à la Police Municipale de Vitoria hier soir ». De la même manière qu'on vous dirait « Revenez demain, Madame Michu ne peut pas s'occuper de votre dossier aujourd'hui, son chat est malade ». On remercie en aillant envie de hurler mais on reste poli parce que nos parents nous ont bien élevé, il faut que ça serve.

Inutile d'appeler la Police le samedi, le service des Objets Perdus n'est évidemment pas ouvert un tel jour. La veille du Jour du Seigneur. Pensez donc.

On ronge son frein et on attend lundi. A la première heure d'ouverture, on se jette à nouveau sur son téléphone. Il est alors sensiblement 10h20. Au bout de transferts téléphoniques qui vous semblent durer des heures et pendant lesquels vous êtes toujours obligé de vous battre pour qu'on vous parle en castillan et non pas en basque, on vous donne enfin le Service. Au bout d'une quinzaine de sonneries, un MZA décroche, désabusé. Vous lui expliquez poliment (bon, presque poliment, parce que vos parents vous ont bien élevé mais ne vous ont pas véritablement préparé à cela) votre souci, le MZA s'empresse d'aller vérifier si votre carte chérie est arrivée, il bat le record du monde de revue de cartes perdues, et au bout de huit minutes exactement, vient vous dire que, non, il n'a pas de carte d'identité étrangère en stock. Vous êtes désespéré. Non seulement vous n'avez plus de carte d'identité mais en plus vous n'allez bientôt plus avoir de forfait téléphonique à ce train là. Par acquis de conscience, vous persuadez le MZA de prendre votre numéro de portable en note, au cas où il retrouve votre carte sous sa tasse à café, il accepte, dans un instant de folie qu'il ne pourra peut-être jamais expliquer…...

Deux jours plus tard, on vous appelle : Byzance ! En basque, dommage. Comme vous ne comprenez rien, vous rappelez et demandez une traduction instantanée qui n'est pas aussi rapide que son nom devrait l'indiquer, mais vous finissez par tomber sur le MZA qui a retrouvé votre carte. Vous en pleureriez presque… ...Ce n'est pas terminé. Le MZA veut savoir ce qu'il fait de la carte maintenant. Il faut que vous lui dictiez votre adresse en castillan. Tout ceci prend aux alentours d'un bon quart d'heure, mais vous allez enfin récupérer votre bouille en noir et blanc. Il vous promet de la mettre au courrier dans la minute. Il le fera donc probablement avant la fin de la semaine si tout se passe bien.

Entre temps, la désillusion, pas celle du dimanche après-midi et du paquet de pâtes, non, une autre, plus sournoise, plus vicieuse, qui s'insinue lentement, vous dit que vous allez encore attendre un peu, mais vous gardez l'espoir ridicule que maintenant, tout va bien se passer. C'est comme être à bord du Titanic et se dire qu'on est sauvé de la noyade.

Je n'ai toujours pas récupéré ma carte. Je ne sais pas si les MZA de la Police de Vitoria l'ont gardée en souvenir, si elle est toujours sous une tasse à café ou bien si la Poste l'a entre temps égarée, à moins que le concierge de mon immeuble l'ait accroché sur le mur de sa cuisine… J'ai désespérément essayé de rappeler la Police de Vitoria mais personne ne sait plus rien, c'est à donner envie de ne plus être poli du tout, éducation parentale ou pas.

Après ça, allez donc comprendre pourquoi les gens n'aiment pas les fonctionnaires…...


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Edit : j'ai recu la carte par la poste de la part de mes parents quelques semaines plus tard. Visiblement, le MZA l'a expediee a l'adresse indiquee au dos... et pas a celle que je lui avais consciencieuement dictee. Grrr...

05 mai 2004

Un jour, la culture s'étendra sur la Terre

DolceVita expatriée en Espagne voit bien après tout le monde arriver les phénomènes de société. BookCrossing.com a enfin traversé l'Atlantique pour aborder l'Europe et faire une percée en péninsule ibérique. Aussi étrange que cela puisse paraître, nous voilà reliés au Nouveau Monde par …la culture.

Mais si, c'est possible. Prenez 3 Américains pacifiques épris de culture - denrée rare mais tout de même - et laissez les mijoter un projet de bibliothèque planétaire sans budget conséquent. De quoi promouvoir la lecture et les échanges de livres de manière originale. En semant vos livres à tout vent.

Qui n'a jamais trouvé un livre sur le banc d'un quai de gare, dans une chambre d'hôtel, à la terrasse d'un café, puis l'ayant récupéré et lu, à nouveau laissé au jeu du hasard à l'autre bout du monde dans un restaurant, une cabine de téléphone, les marches d'un escalier ? C'est sur ce constat que l'Association BookCrossing s'est constituée en 2001. Leur concept ? Transformer la planète en bibliothèque. Gratuite. En « libérant » des livres un peu partout.

Les livres BookCrossing sont répertoriés sur le site Web grâce à un code de 10 chiffres BCID (BookCrossing Identification number). En trouvant un livre libre, votre mission, si vous l'acceptez, est de lire l'ouvrage, et, une fois achevé, d'aller sur le site BookCrossing.com pour le répertorier. De façon anonyme ou non : dites où vous l'avez trouvé, dans quel pays et quelle ville vous habitez, et ce que vous en avez pensé. Ensuite ? Ensuite vous pouvez relâcher l'ouvrage. Promis, il ne s'autodétruira pas dans les 5 secondes.

L'idée sympathique n'est pas seulement de trouver un livre… Mais aussi d'en relâcher, pour le simple plaisir de voir ensuite où il va se promener. Pour libérer un ouvrage, il suffit d'aller sur le site, et demander à le répertorier. On vous donnera un BCID, son numéro de passeport pour voyager en toute impunité, et qui vous permettra ensuite de suivre la larme à l'oeil les pérégrinations de votre bébé… ...

Et pour être sûrs que votre oisillon ne tombe pas du nid au premier coup de vent, au lieu de laisser votre Livre Libre n'importe où et qu'il termine esseulé dans une ruelle obscure, vous pouvez aussi vous référer aux « Hunting Zones » de BookCrossing.com, les endroits répertoriés comme points d'échanges d'ouvrages. J'ai vérifié, il y en a partout - même au Zimbabwe. Et pour augmenter vos chances de repartir ensuite avec un autre petit, le site donne aussi la date des derniers « lâchers » de livres par région. Pour que vous puissiez partir en chasse de lecture et culture.

Vous me direz que c'est bien joli mais on tombe sur n'importe quoi avec ce système là, et pas forcément sur des livres qu'on aurait aimé lire. C'est vrai. Et c'est peut-être aussi le charme de l'histoire. Se laisser prendre au jeu et découvrir un nouvel auteur parce qu'on n'y aurait jamais jeté un coup d'oeil autrement. Parce qu'on est bassement matériel et qu'on était bien loin d'envisager de débourser un centime pour un tel ouvrage. Parce qu'on se veut ouvert prêt à découvrir les autres… Mais que, foncièrement, on n'avait aucune idée de l'existence de Monsieur Unai Elorriaga, Basque Espagnol qui écrit merveilleusement bien (Un Tranvía en SP).

En Espagne où je suis en ce moment, des étudiants en Mastère de l'Université de Deusto (Campus de Bilbao, Donostia et Vitoria) ont ainsi eu l'idée de promouvoir ainsi de trois jeunes auteurs frais émoulus des bancs de leur fac en lâchant des exemplaires de leurs romans dans les couloirs et patios des campus. Peut-être l'idée germera t-elle du côté des grands créatifs chargés de campagnes de lancement publicitaire pour des maisons d'édition : une sorte de bouche à oreille mondial via un partenariat avec l'Association BookCrossing. Pour que la culture s'étende sur la Terre.